Action paulienne : à quoi sert-elle et comment l’utiliser ? 

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Le créancier bénéficie de plusieurs mécanismes juridiques lui permettant de préserver ses droits lorsqu’il a été victime de manœuvres frauduleuses de son débiteur. L’action paulienne est l’un de ces outils, un recours juridique utile pour rendre inopposables les actes réalisés par son débiteur au détriment de son patrimoine. On vous explique tout dans cet article, le fonctionnement de l’action paulienne et en quoi celle-ci peut s’avérer essentielle pour protéger les intérêts des créanciers.

Qu’est-ce qu’une action paulienne ?

L’action paulienne est une procédure judiciaire qu’un créancier peut engager contre son débiteur qui organise frauduleusement son insolvabilité pour ne pas payer sa créance. Autrement dit, c’est le cas où un débiteur diminue volontairement la valeur de son patrimoine ou ses chances de recouvrer la créance. L’article 1341-2 du Code civil prévoit que, par ses effets, l’action paulienne protège le créancier en rendant inopposables les actes du débiteur visant à organiser son insolvabilité.

Quelles sont les conditions pour engager une action paulienne ?

L’action paulienne est engagée à l’encontre des actes patrimoniaux qui ont pour effet de diminuer le patrimoine du débiteur. Il peut s’agir à la fois d’actes à titre onéreux, comme la vente de biens, ou d’actes à titre gratuit, comme les donations.

S’agissant de l’action paulienne, les conditions pour engager cette action sont assez strictes. En effet, cette action juridique ne peut pas être intentée contre : 

  • les actes extrapatrimoniaux : ce sont tous les actes qui sont liés à la personne même du débiteur, et non à son patrimoine. Par exemple, le paiement d’une pension alimentaire constitue un acte extrapatrimonial.
  • les nouvelles dettes contractées par le débiteur.

En outre, pour avoir recours à l’action paulienne, différentes conditions doivent être réunies : 

  • L’acte attaqué doit avoir un caractère frauduleux. Le créancier doit prouver la mauvaise foi du débiteur, c’est-à-dire prouver que le débiteur a effectué cet acte avec l’intention d’appauvrir son patrimoine pour ne pas rembourser sa créance. 
  • La créance doit être antérieure dans le temps à l’acte attaqué. Toutefois, il est admis que la créance puisse être postérieure à l’acte attaqué, à condition que le débiteur ait prémédité son insolvabilité en amont.
  • La situation d’insolvabilité du débiteur doit être examinée. Il faut que l’insolvabilité ne permette pas au débiteur de procéder au recouvrement de sa créance. La jurisprudence n’exige pas forcément l’insolvabilité du débiteur, pour autant il faut que le caractère frauduleux de l’acte attaqué soit avéré.

Ces conditions font de l’action paulienne une procédure strictement encadrée par la loi. Par conséquent, il est impératif d’avoir recours à un avocat afin qu’il détermine si la situation résulte effectivement d’une fraude paulienne.

Quels sont les effets d’une action paulienne ?

S’agissant des effets de l’action paulienne, elle permet au créancier de protéger son droit au paiement en rendant inopposables les actes frauduleux accomplis par le débiteur dans le but d’échapper au remboursement de la créance. Autrement dit, l’acte frauduleux est considéré n’avoir jamais existé, mais seulement à l’égard du créancier. En ce qui concerne les autres parties, donc le débiteur et les tiers, l’acte continue de produire ses effets. Par exemple, si le débiteur en question a vendu sa maison à un tiers dans le but d’éviter le remboursement de sa créance, alors le créancier pourra agir comme si la maison appartient encore au débiteur pour obtenir le remboursement de sa créance.

Cette inopposabilité signifie également que les autres créanciers ne peuvent pas bénéficier de l’action paulienne exercée par un seul créancier. Les autres créanciers doivent donc agir à leur tour s’ils veulent protéger leurs droits au paiement.

À noter : Il faut bien distinguer l’action oblique et l’action paulienne. L’action oblique est une procédure utilisée dans le cas où le débiteur reste inactif, compromettant ainsi les droits du créancier. Ainsi, si le débiteur ne réclame pas une créance qu’il détient, le créancier peut agir au nom et pour le compte du débiteur afin qu’il obtienne le remboursement de cette créance (et donc augmenter sa solvabilité). L’action paulienne au contraire est une procédure utilisée dans le cas où le débiteur organise frauduleusement son insolvabilité. Donc l’action oblique vise l’inaction du débiteur, tandis que l’action paulienne vise la mauvaise foi du débiteur.

Quelles sont les étapes pour engager une action paulienne ?

Le succès d’une action paulienne nécessite une préparation rigoureuse. Voici les étapes à suivre pour engager une action paulienne : 

  • Identifier l’acte frauduleux : avant d’engager une action, il faut vérifier que les conditions énoncées plus haut sont bien réunies. Ainsi, il est nécessaire d’analyser le patrimoine du débiteur, de vérifier le préjudice subi par le créancier, et d’évaluer l’intention frauduleuse.
  • Collecter les preuves : ensuite, il faudra collecter toutes les preuves nécessaires pour prouver que les conditions sont réunies. Ces documents peuvent être des contrats, des factures, des relevés bancaires, des preuves de créance, des actes de donation, des contrats de vente, des actes de donation, etc.
  • Saisir le tribunal compétent : l’action paulienne doit être dirigée devant le tribunal judiciaire compétent, il s’agit généralement du tribunal du domicile du débiteur. L’assignation rédigée par l’avocat comprend une présentation de la création, un descriptif de l’acte litigieux, une démonstration de l’intention frauduleuse et la demande de déclarer l’acte inopposable.
  • Attendre les décisions du tribunal : deux issues sont possibles, car le tribunal peut rejeter l’action paulienne si les conditions ne sont pas réunies, ou bien, il peut admettre l’action paulienne. Dans le cas où l’action est admise, alors elle rendra inopposables les actes frauduleux du débiteur auprès du créancier ayant intenté l’action.

Quelles sont les alternatives à une action paulienne ?

L’action paulienne est une procédure longue et complexe, mais il existe d’autres options pour que les créanciers puissent faire respecter leurs droits. Tout d’abord, il est possible de procéder à un recouvrement amiable, donc sans passer par une action en justice. Cela présente l’avantage d’être plus rapide et moins cher. Toutefois, il existe de nombreuses situations où il sera difficile d’aboutir à une décision amiable. En outre, il existe aussi le recouvrement judiciaire. À savoir qu’avant d’intenter une action en justice, le créancier devra préalablement avoir effectué une mise en demeure de payer. Dans ce cas, le créancier aura le choix entre trois possibilités : 

  • La procédure d’injonction de payer : le créancier effectue une requête d’injonction de payer auprès d’un juge en fournissant toutes les pièces justificatives prouvant le caractère de la dette. Ensuite, le juge analyse le dossier et décide par ordonnance si le débiteur doit s’acquitter ou non de l’injonction de payer.
  • Le référé-provision : il s’agit d’une procédure judiciaire d’urgence qui permet un recouvrement de créance très rapidement et nécessitant peu de frais judiciaires. Avant d’effectuer ce recours, il faut s’assurer que la créance en question est contestable. Le résultat d’un référé est une ordonnance exécutoire de plein droit, mais à titre provisoire.
  • L’assignation de paiement : il s’agit du début de la phase judiciaire, menant au procès. C’est une longue procédure, complexe et coûteuse. Dans ce cas, il faudra bien vérifier que toutes les conditions nécessaires à l’action paulienne sont bien réunies pour maximiser les chances de succès et éviter de trop grosses pertes financières. À la fin de cette procédure, si la requête est acceptée, alors le débiteur est tenu de payer la créance. S’il ne le fait pas, le créancier peut faire appel à un commissaire de justice pour exiger la saisie des biens.